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Sacre, palais et culte impériaux

· Palais et culte impériaux

En 794, Charles décide de fixer définitivement l’administration royale  dans un lieu propre et cesse, à l’image de ses ancêtres, d’aller de palais en palais : ce sera Aix la Chapelle. Le roi lance la construction d’un chantier d'agrandissement qui restera le plus bel exemple architectural de l’époque carolingienne. Charles mélange les apports romain et byzantin. D'Italie, il fait venir de Ravenne des colonnes de marbres antiques (elles sont toujours aujourd'hui dans le palais en face du trône impérial), ce qui lui vaudra d’être sévèrement traité de pillard par Michelet, outré d’un tel comportement. De Byzance, il s'inspire des chapelles voûtées en arc en plein cintre à deux étages, pour la chapelle du Palais placée en face du palais impérial, les deux édifices étant rattachés entre eux par un double couloir, comme l'indique ce plan reconstitué de l'ensemble.

En 800, tous auraient voulu croire en la grandeur de l’empire comme ils croyaient en la grandeur de leur empereur. Mais il ne suffit pas de vouloir pour obtenir, même si l’on porte le nom de Charlemagne. L'empereur a le mérite d’avoir pris conscience des nécessités face aux problèmes de son royaume : là est sa véritable force, sa véritable victoire. La personnalité et le règne de Charlemagne ne pouvaient pas être effacés de la mémoire des hommes. Quelques décennies après sa mort, un artiste anonyme le représente en empereur romain à travers cette statue équestre (voir ci-contre, conservation Musée du Louvre). Charlemagne est ici représenté avec une moustache alors qu'il était imberbe, par la suite l'imagerie lui ajoutera la fameuse barbe fleurie. Tenant le globe du pouvoir impérial dans sa main droite, couronné, le regard digne et fier, Charlemagne est vêtu d'un habit court romain qui ne manque pas d'évoquer le lien entre la Rome antique et Aix la Chapelle médiévale.

Son culte perdure et s'amplifie suite à sa canonisation en 1165. S’il reste limité aujourd’hui, il n’a pas disparu : à Aix la Chapelle tout est à l’honneur de l’empereur et son souvenir est nullement autre part aussi bien préservé. La cathédrale et son trésor, l’hôtel de ville, le buste reliquaire conçu par Charles IV pour y déposer le crâne de l'Empereur, tout rappelle les temps glorieux où l’Europe qu'il avait tenté d'unifier aurait pu voir perdurer le phœnix impérial.

A la mort de l'Empereur en janvier 814, c'est son fils Louis le Pieux, couronné l'année suivante pour assurer une descendance sûre et officielle, qui reprend seul les rennes. Mais si cette restauration impériale aurait pu être le point marquant d’une nouvelle époque, elle s'effondre bien vite. Quarante sept années de règne n’avaient pas suffit à stabiliser un empire et l'idéal impérial sombre dans les querelles familiales et la division. En 843, à peine trente ans après la mort de l’empereur, son territoire est divisé en trois par le traité de Verdun entre les trois petits-fils de Charlemagne. Le système féodal qui veut que le pouvoir soit divisé entre les mains de seigneurs remplace peu à peu le pouvoir central. Ce sera le système politique français des siècles à venir. Le but des capétiens, dynastie suivante dès 987, sera alors de vouloir restaurer, à l’image de Charlemagne, l’autorité royale. C'est un long travail qui ne s'achèvera qu'au XVIe siècle.